Paru dans l'édition du lundi 7 mai 2007
Polnareff : « Suis-je courageux ou inconscient ? »
Michel Polnareff lors de son concert à Caen. « Les spectateurs ont chanté le premier couplet de Goodbye Marylou sans moi. C'était incroyable ! » Jean-Yves Desfoux
Trente-quatre ans que la star n'était pas remontée sur une scène ! 'Ze Tour 2007', entamé le 2 mars à Paris-Bercy, a déjà ému 300 000 spectateurs. États d'âme à mi-parcours de cette tournée événement.
Quelle a été votre première envie lorsque vous avez débarqué sur le sol français ?
Redécouvrir mon pays en touriste, à bord d'un camping car, pas d'un jet privé. J'ai été frappé par les paysages. Ils paraissaient comme des tableaux de maîtres. Comme je n'ai plus de famille ici, j'ai fait un pèlerinage à Paris, sur les marches du Sacré-coeur. J'y ai fait mes débuts. Je suis aussi retourné au 24 rue Oberkampf, le lieu de mon enfance. J'ai sonné et j'ai passé une heure là-bas. C'était émouvant, étrange.
Un autre retour aux sources : les retrouvailles avec la scène, à Bercy, le 2 mars...
Je n'en ai qu'un souvenir très vague. J'étais dans un état second. C'était de la folie de se présenter sur le plateau pratiquement sans échauffement après plus de trente ans d'absence ! Le public avait le trac pour moi. Moi, j'avais décidé de ne pas l'avoir. Certains pensaient que je ne viendrais pas, que je ne savais plus chanter. Alors, je me suis fixé une mission : être à Bercy, mort ou vivant ! Et surtout, ne pas décevoir.
Vous avez vraiment réussi à ne pas avoir le trac ?
Je suis traqueur depuis toujours. Mais l'après-midi du 2 mars, je ne suis pas allé à la répétition générale. Mon producteur était dans un état de nerfs intense. J'ai inversé la pression : j'ai refilé le trac aux autres ! Je suis allé dormir. Le repos m'a permis de me concentrer. Quand je me suis retrouvé sur scène, je me suis juste demandé si j'étais très courageux ou simplement inconscient !
Les jeunes sont là, pour vous applaudir. Vous les attendiez en si grand nombre ?
C'est très touchant et encourageant ! Beaucoup n'étaient même pas nés quand j'ai quitté le pays... Sur mon site Internet (polnaweb.com), je me rends compte que, pour beaucoup, je suis un nouveau chanteur.
Les trente premiers concerts, c'était comment ?
Chaque spectacle a été plus chaleureux que les autres. À Caen, les spectateurs ont chanté le premier couplet de Goodbye Marylou sans moi. Je leur ai demandé s'ils voulaient que je les accompagne au piano. C'était incroyable ! À Rennes aussi, j'ai vécu un beau moment. Avant Tout tout pour ma chérie, je sentais que l'enchaînement était un peu long. Je m'apprêtais à dire un mot au public pour ne pas briser l'instant. Je me suis retourné et j'ai explosé de rire : tous mes musiciens s'étaient « polnareffisés », avec des lunettes ! Les fans qui assistent à tous mes concerts ont été les seuls à comprendre que c'était une plaisanterie. Le public pensait qu'on le faisait tous les soirs...
Votre show est particulièrement long : plus de deux heures...
C'est dur physiquement. Je fais beaucoup de sport depuis dix ans mais, en tournée, j'ai moins le temps. Je dors beaucoup. La nourriture française n'est pas représentée à sa juste valeur en Californie. Alors à mon arrivée : c'était choucroute sur choucroute ! Maintenant, je fais attention...
Le 31 juillet, vous serez au Festival de Poupet, en Vendée, devant 3 000 personnes. Rien à voir avec les « Zénith » !
Ce sera du sur-mesure. Je tiens à ce qu'il y ait les mêmes chansons que partout ailleurs. Mais certains éléments de décor ne rentreront pas sur cette petite scène. Il faudra que je compte un peu moins sur la scénographie et, sans doute, que je sois meilleur que d'habitude ! J'irai sur place pour répéter. J'espère pouvoir enfin toucher les mains des spectateurs.
Vous avez des souvenirs personnels dans l'Ouest ?
Oui, ma grand-mère était originaire de Loctudy. J'ai aussi séjourné à Tessy-sur-Vire, dans la Manche, lorsque j'avais 16 ans. Je jouais au foot, je faisais du vélo et la chasse aux filles du coin !
À la fin de la tournée, vous ressentirez un grand vide. Comment imaginez vous le combler ?
Depuis le dernier concert de la première partie de la tournée, il y a dix jours, à Rennes, je fais une pause. Le vide est déjà énorme. Je le vivrai encore plus difficilement fin août. Maintenant que j'ai gagné mon pari sur scène, il va falloir que je donne au public ce qu'il attend.
Un album ?
Oui ! Il faut que j'écrive les tubes de ma prochaine tournée... dans trente-quatre ans ! Plus sérieusement, après la tournée, je partirai à Londres pour terminer un disque commencé depuis longtemps. Les compilations que j'ai sorties ont fait croire que j'étais en manque d'inspiration alors que j'étais en bagarre légale avec les maisons de disques. Je n'ai jamais eu autant l'envie d'écrire ni été aussi inspiré ! Mais les paroles me ralentissent toujours autant ; je suis avant tout mélodiste. Il n'est pas dit que je ne ferai pas appel à un coauteur. Cet album sera métissé, avec pas mal de jazz.
Que faites-vous en attendant la reprise de Ze Tour, début juin ?
Un mélange de régime, de sport et de repos. Parce que l'été sera chaud !
Propos recueillis par
Nicolas YQUEL.
Ouest-France du lundi 7 mai 2007